L'appareil photo magique...

La phrase du jour qui m'a agacé :

 

"Ton appareil qui prend des jolies photos, tu pourrais me le prêter Samedi? J'ai un anniv?".

 

Sur le moment, je suis resté interloqué, comme suspendu en l’air par le culot de mon interlocuteur, que je ne connaissais presque pas. J’ai ravalé la phrase assassine qui fleurissait déjà entre mes lèvres, « Bien sur, Dugland, je vais passer un engin qui m’a coûté au bas mot 6 mois d’économies à un gus que je connais à peine, qui va me l’oublier dans un coin de salle de bal dès qu’il aura deux grammes dans chaque poche, et qui en plus dit des conneries ».

 

Nan. J’ai été zen. Sans doute un peu crispé, mais zen. Ah. C'est l'appareil qui prend les photos, merdouille, je ne savais pas. Du coup j'ai essayé, parce qu’il faut toujours se remettre en cause. J’ai pris mon appareil, je l'ai posé par terre, mon EOS adoré, et lui ai demandé de prendre des photos. Un peu comme on donne des ordres à son chien. Et ben surprise. Ce fleuron de la technologie optique a le QI d'une huitre à marée basse. Il ne comprend rien, n'a pas bougé d'un bouton, même pas un mouvement d’autofocus pour me faire plaisir. En fait, je me demande si, consterné qu'il est par sa propre connerie, il ne bouderait pas un peu. Ces appareils sont japonais, voire chinois, bref, pas comme nous, et c’est bien connu, l’oriental est fourbe. Et con, c’est désormais prouvé. En tout cas, leurs appareils photos (pour les esprits taquins – et susceptibles jusqu’à être chiants – tout ceci est de l’humour. Que dieu me tripote, que la LICRA et les assoces de défense des orientaux brimés me foute la paix. Je plaisante. D’ailleurs j’ai un bon ami qui a un pékinois, si ça c’est pas la preuve que j’aime les bridés, merde) .

 

Plus sérieusement… Certes, la technique a son importance. Ce n'est pas moi qui dirais le contraire, alors que je découvre avec délices mon EOS 7D et n'en revient pas des possibilités de cet engin. Mais il est amusant de constater que ce genre de remarque vient en général de gens qui croient que la photo est juste un domaine technologique. Sans parler de bons ou de mauvais photographes (j'en parlerai le jour improbable où j'arriverai à coup sur à faire moitié aussi bien que ceux que je considère comme "bons"), il y a un truc qui fera toujours la différence entre des bonnes et de mauvaises photos : le travail qu'il y a derrière. Je ne parle pas de post-prod, que j'essaie pour ma part de limiter au strict minimum, mais du "travail" (même si c'est une passion, en fait), de comprendre tous les paramètres d'une photo. Tout ce qui fait qu'on peut dire que telle est bonne et telle autre est naze. Le cadrage, la lumière, la profondeur de champ, les paramètres sont multiples, pas sorciers à comprendre, mais demandent un minimum d'investissement. Auquel s'ajoute une "sensibilité", qui s'acquière au fil du temps, ou pas. Quand un Cartier Bresson ou un Steve McCurry prend une photo qui fait baver les autres, c'est trrrrrès rarement d'un coup d'un seul, un trait de génie. Il y a pensé, l’a étudiée dans sa tête, elle ou des millions d’autres, développant ainsi sa « sensibilité », comme celle d’une pellicule. Et ça, si tant est qu’on accepte de bosser, c’est accessible à n’importe qui. Et ouais. Je n’aime pas les gens qui croient que faire de la photo, de la peinture, de la musique, est un DON. Je n’y crois pas un instant. C’est, avant tout, du taf. Certes, certains sont meilleurs que d’autres, et il y a, parfois, très rarement, un génie du domaine. Mais une grosse partie du truc, c’est… du travail.

 

Et oui, hélas, amis fainéants qui croyez qu’acheter un appareil à 6 kilobrouzhoufs vous permettra de shooter comme des reporters, vous vous foutez le doigt dans le diaphragme. On verra juste en 40 terapixels que vous ne savez pas faire une photo. Et, lassés, vous revendrez un jour votre matos, persuadé qu’il est devenu obsolète et qu’il vous a trahi. En fait, c’est vous qui l’avez trahi, vous qui n’avez pas fourni le travail à la hauteur de ses capacités techniques. C’est un peu comme si on me filait une stratocaster et qu’on me demande de jouer du Dire straits. Déjà, « Jeux interdits », j’ai du mal, alors 5 notes différentes de suite, on oublie. Je ne suis pas bon du tout en musique, à mon grand regret. En tout cas, je l’ai longtemps cru, faignasse que j’étais. Alors qu’en fait, c’est juste de la flemme, qui fait que je n’ai jamais bossé comme il fallait pour apprendre la guitare. Pourtant, quand j’estois jeune, la gratte, c’était LE plan pour draguer. J’ai essayé, hein, et j’ai bavé devant le boutonneux confrère qui jouait comme un dieu. Ben … j’avais qu’à bosser. En photo, c’est pareil. Même si c’est ‘achment moins un bon plan drague, faut reconnaitre.

 

Il est évident que les grands du domaine ont rarement du matos de merde. Souvent, le prix des cailloux qu'ils utilisent suffiraient à payer une bagnole à n'importe qui de normal. Vous ne me croyez pas? Un EF 800mm f/5.6 L IS USM coûte plus de 10000€... Vous savez, l'énorme objo blanc qu'on voit souvent sur les stades de foot. Rien que de se dire que parfois ces merveilles doivent prendre un ballon catapulté à Mach II par un crétin surpayé et bourré de stéroïdes, ça me rend malade. Mais je m'égare. Or donc, le bon matos arrange la sauce, c’est évident. Mais du bon matos donné à un fainéant ne fera jamais une bonne photo. Tout comme un bon avec un instamatic en carton arrivera parfois à faire un truc chouette, même s’il va râler. Tout ça pour dire que le bulot que je citais en début de mot ne posera jamais ses pattes graisseuses sur mon bijou. Plutôt crever !