A l'Art uâkb' Art!

La beauté, c'est très relatif... De l'art, ou du cochon, pour paraphraser une émission connue.

Parfois, je lis ou j'entends "ça c'est une belle photo". Et je regarde la photo en question, et je la trouve banale, voire naze. Tous les goûts sont dans la nature, me direz-vous. Mais il faut à mon humble avis faire la différence entre la belle photo d'un sujet et la photo d'un beau sujet.

Pour illustrer, prenons le cas des photos de nu et /ou apparenté. On distingue dans ce genre de clichés 4 grands types:

 

- Les vrais clichés artistiques. La pose est étudiée, la lumière, la composition aussi, la technique est maitrisée, on sent que le photographe veut faire ressentir quelque chose et qu'en plus il a eu une "idée".


 

- les clichés de jolies nanas. Ici, pas de technique, ce sont juste les courbes avantageuses, et souvent la pose un tantinet salope du sujet, qui attire certains yeux. Le menu est en général composé de gros nichons et de culs de déesses. Un signe qui ne trompe pas : ce genre de cliché fait grincer les miches des féministes, et baver le gland des bœufs.
 

- Ceux qu'on comprend pas. Là, c'est soit qu'on est soi-même peu sensible à l'art de l'auteur (c'est possible, tout est question de sensibilité), soit qu'on est un gros balourd épais du bulbe, soit, soit... Et c'est fréquent... Que le soit-disant artiste est en fait un gros branleur. J'appelle ça de la branlette d'intellectuel. On connait tous la tirade d'Omar Sy dans Intouchables "Alors l'autre il a saigné du nez sur un drap blanc et ça vaut max de thunes!?". Ué, c'est ça l'idée... Du faux-art, de la pignole. A partir du moment où l'explication de la volonté de l'artiste prend plus de temps que la réalisation de "l'oeuvre" elle-même, on est dans le fumeux.
 

- Les merdes. Là, le verdict est simple. La fille est un thon à moustaches, elle prends des poses de pute mexicaine, le cadrage est moisi, les blancs sont cramés, on voit l'aspirateur à l'arrière-plan dans l'appart, etc.


 

Le sujet aurait pu être "beau" (si on aime le plastique), mais la photo est nullissime... Arrière-plan, ombres dure, pose pourrie, profondeur de champ, composition...

© inconnu... Tous droits réservés quand même!

On trouvera toujours quelqu'un qui trouvera telle photo belle et pas telle autre. M'enfin perso, quand je vois que certains aiment les photos pourries de morues mexicaines et les trouve plus belles que celle du type qui fait un super travail, ça me désole.

 

Le top, par contre, c'est quand un bon fait une jolie photo d'un joli sujet. Là, en général, à moins d'avoir des goûts de chiotte, on voit la différence...

Mais, en résumé :

- on peut faire une jolie photo d'un sujet intéressant (j'ai écrit "intéressant". Pas "beau", ou "joli". vaste débat, mais on est pas en philo. J'en vois déjà qui baillent)

- On peut faire une photo ratée d'un sujet intéressant.

- On peut difficilement faire une jolie photo d'un sujet inintéressant. C'est possible, mais faut s'arracher un peu.

- On peut très facilement faire une photo de merde d'un sujet de merde.

Et certains ont du mal à faire la différence. Ça agace un peu quand on s'intéresse à la beauté d'un cliché, ou à l'art photographique d'une façon générale. Quand c'est juste un spectateur qui juge, avec sa sensibilité, pas de problème, tous les goûts sont dans la nature, encore une fois. Quand c'est quelqu'un qui a une fonction dans la publication, dans la photo ou autre, ça pique un peu plus.

 

J'ai souvenir d'un cliché qui m'avait pris pas mal de temps à faire. Celui-là.

Attention, j'ai pas la prétention d'être un aaaârtiste. J'y reviendrai plus loin. J'essaie juste de faire de chouettes photos, de me faire plaisir en faisant les choses bien, et de faire plaisir. Je laisse la branlette aux érotomanes. Bref. J'avais choisi mon virage, relevé à souhait, avec des trajectoires bien marqués au sol, j'avais vu comment les sportifs prenaient leurs angles, attaquaient puis se rabattaient pour prendre de la vitesse. J'avais repéré celui qui avait les lunettes réfléchissantes. Et d'un coté j'avais un ciel plat, et de l'autre, un ciel tourmenté à souhait. J'avais baissé mon point de vue, à genou dans la boue, au risque de finir trépané par le pédalier d'un des énervés fluorescents. Parce qu'évidemment, j'avais besoin de bosser au grand-angle, et je vous parle même pas des essais de profondeur de champ. Bref, je fais la photo, un peu de post-traitement (pas de "retouche", j'aime pas le terme), et je l'envoie au journal. Le type à l'autre bout devait être un pygmée, il m'a tout recadré carré (alors que le sens de lecture de la photo était explicite) et m'a poqué la photo en Noir et blanc dans le canard.

Même pas un beau noir et blanc, un espèce d'aplat de gris dégueulasse. Si j'avais eu le pigiste en face de moi, je lui faisais bouffer les 35 pages du canard,  agrafes et plastique d'emballage compris.

Pas mal de mes confrères au sein du même journal, faisant de belles photos, ont un jour connu le même désespoir devant un caviardage immonde. Les règles de mise en page des journaux font fi des règles de composition, hélas... Et je pense que certains, bien que "journalistes", sont incapables de faire la différence entre Greta Garbo en string dans un clair-obscur et Conchita en slip kangourou sous un projo de 1000 watts. Ça me désole...

En résumé, mort aux bœufs.
 

Mais pas qu'à eux. L'autre race (Aaaaah, j'aime ce mot, "race", prononcer "rrrace" en claquant des talons, ça énerve les Jean-Kevin antifas de mes deux), ce sont les pseudos-artistes. Aux antipodes des bœufs précités, l'art en lui-même ne les intéresse pas. Il ne s'agit pas pour eux de s'éclater à faire un truc qui leur plait, en espérant que ça plaise aux autres. Il s'agit, et c'est beaucoup moins louable, de plaire, en premier lieu. L'art n'est alors que le support de l'ego, et Dieu sait combien je hais l'ego, justement. Surtout depuis que j'ai marché sur un de ceux de mon fils à 3 heures du mat'. Mais je m'égare. C'est assez facile à repérer, un type avec un gros ego. Prenons un exemple. Un beau tableau, une peinture bien faite, et vous avez la chance de pouvoir discuter avec l'auteur. Si vous vous permettez la moindre critique, bien sur constructive, sur son œuvre, l'égotique va soudain lever son bout de nez, vous regarder avec un air pincé, un peu comme si vous aviez pété dans son salon, puis vous ignorera définitivement, vous rangeant au rang des profanes, des gueux de l'ââÂrt.

Le vrai écoutera... Puis vous expliquera, soit qu'il a essayé votre idée et que ça n'a pas marché, soit qu'il n'y avait pas pensé et qu'il essaiera une prochaine fois, soit que (c'est son droit) ça ne l'intéresse pas de procéder comme ça. Mais ce dernier aimera la discussion, parce qu'en art comme en tout, c'est bien le fait de se frotter aux autres qui apporte la richesse et la créativité. C'est bien pour ça que le sujet est sans fin, et si riche. De plus, autre signe, le "faux-artiste" aura un mépris particulièrement prononcé, mais éventuellement déguisé sous une amabilité feinte, pour toute personne qui n'est pas de son rang. Pour tout "non-artiste", quoââââ...


Un autre groupe honni, ceux que j'appelle les "rémoras". Ceusses qui parlent avec un air suffisant, la bouche en cul de poule et le bec rempli de petits fours. Souvent adeptes des vernissages, souvent extrêmement critiques, alors qu'eux-mêmes sont incapables d'une  quelconque forme d'expression artistique, mais prompts à s'enflammer pour le "nouvêêêêêl artiste en vooooogue". Ou à descendre tel autre au motif qu'il est inconnu. J'ai souvenir d'une soirée où nous nous étions égarés, un copain et moi. Y était un couple d'artistes allemands. Les suivaient une bandes de glandus aussi poseurs qu'incultes, s'extasiant sur les tableaux (forts beaux, d'ailleurs) des deux teutons. Et que je te compare à Klimt (histoire de montrer que je connais Klimt), Bosch (comparer deux allemand à un bosch, faut être con!), etc, etc. Et que je parle de "transcendance chromatique", de "vertige dimensionnel", de "spirale expressionnelle" (sic! J'invente rien, hélas.) et autres branlettes d'intellectuels. Je ne sais pas quand la soirée a dérapé. Le copain et moi nous sommes à un moment mis à jouer un sketch, parfaitement improvisé, où l'un de nous faisait le groupie et l'autre l'artiste. Et de parler la bouche en cul de poule et pleine de petits fours, et de reprendre à notre compte les mimiques des glandus intellos. La soirée s'est scindée en deux : ceux qui nous ont d'un seul coup méprisés, et haïs, et ceux qui n'attendaient que ça. Qui croyaient qu'ils étaient les seuls à trouver les rémoras ridicules. D'un coté, c'est devenu regards haineux et messes basses, de l'autre, gros éclats de rires. Là où ça a vraiment dérapé, c'est quand, alors que je dégoisais sur les talibans de l'art, le pote a soudain gueulé " A l'Art uakb'Art" !" et que nous avons improvisé une toile, fort jolie, avec des tranches de jambons de campagne et des cornichons. Puis un troisième larron de notre clan a gueulé "Et Arcimboldo, i' pue d'la gueule?!". Bref, on n'a jamais été réinvités. Mais on a gagné ce soir là 3 nouveaux copains, dont un, vraiment très, très doué dans son domaine artistique... Et qu'est ce qu'on s'est marrés...